Made in Europe dans les CEE : un concept simple… en apparence
Relocaliser l’industrie, renforcer la souveraineté européenne et donner de la cohérence à la transition énergétique
Relocaliser l’industrie, renforcer la souveraineté européenne et donner de la cohérence à la transition énergétique : l’intention de l’Administration de flécher certaines bonifications CEE vers le “made in Europe” va clairement dans le bon sens.
Mais derrière cette expression séduisante se cache une question centrale, parfois inconfortable, mais incontournable :
Que signifie réellement “made in Europe” en 2026 ?
Mondialisation, désindustrialisation… et retour de la traçabilité
Pendant des décennies, la mondialisation a structuré les chaînes de valeur :
- composants produits en Asie,
- assemblage en Europe,
- distribution et installation en France.
Ce modèle a longtemps été accepté, voire encouragé. Aujourd’hui, le contexte a changé.
- enjeux climatiques,
- dépendance industrielle,
- sécurité d’approvisionnement,
- cohérence des politiques publiques.
Dans ce cadre, continuer à subventionner sans distinction des équipements dont la valeur ajoutée est majoritairement extra européenne pose question.
Question simple, réponse complexe : qui fabrique encore en Europe ?
Prenons un exemple très concret, bien connu de la filière :
Une pompe à chaleur, assemblée en Allemagne, intégrant un compresseur, une carte électronique ou des échangeurs fabriqués en Chine.
Peut-on raisonnablement parler de made in Europe ?
Est-ce conforme à l’objectif de réindustrialisation affiché ? Et surtout : est-ce légitime d’y associer une bonification CEE ?
Spoiler : ce n’est plus seulement une question de bon sens, mais désormais… de réglementation.
La réponse de l’Administration : l’euro-conditionnalité
Pour sortir de cette zone grise, l’Administration a introduit une logique nouvelle :
le bonus d’euro conditionnalité, applicable notamment aux PAC.
À compter de septembre 2026, l’accès à certaines bonifications CEE sera conditionné à des critères précis portant sur :
- le lieu de fabrication des composants stratégiques,
- le lieu d’assemblage,
- la structuration de la chaîne de valeur européenne.
On ne parle donc plus d’un simple marquage ou d’un argument commercial, mais bien de preuves documentées et vérifiables.
Un changement de paradigme pour toute la filière
Cette évolution n’est pas neutre.
Elle implique :
- une montée en exigence documentaire,
- une meilleure connaissance de l’origine des équipements,
- une collaboration renforcée entre fabricants, installateurs, obligés et délégataires.
La performance énergétique reste évidemment centrale. Mais elle est désormais complétée par une autre dimension : la performance industrielle et territoriale.
Opportunité ou contrainte ? Un peu des deux.
Soyons clairs :
- Opportunité pour les industriels européens réellement implantés localement,
- Défi pour les acteurs dont les chaînes d’approvisionnement sont très mondialisées.
Mais c’est aussi un signal fort envoyé au marché : la transition énergétique ne se limite plus aux kWh économisés, elle intègre désormais la cohérence économique et industrielle.
En conclusion (sans langue de bois)
Le made in Europe version CEE, ce n’est pas :
- un slogan,
- ni un autocollant apposé en fin de chaîne.
C’est une orientation politique structurante, qui cherche à aligner :
- transition énergétique
- réindustrialisation
- efficacité des dispositifs CEE
La trajectoire est claire. La mise en œuvre sera exigeante. Et comme souvent dans notre secteur… la pédagogie fera la différence.
Bonus euro-conditionnalité à partir de septembre 2026 – Le Bâtiment Performant